Universitaire et militante abolitionniste, qui a tenu pendant plusieurs années le feuilleton historique de l’abolition dans notre lettre mensuelle, Marie Gloris s’est emparée de l’art de la bande dessinée pour raconter l’histoire de la guillotine, avec la complicité de l'illustrateur Rica. Le résultat est glaçant de précision tant dans les mots que dans le coup de crayon. Un récit graphique qui dénonce les terribles paradoxes de cette « machine à tuer » en se tenant à la rigueur des faits.

Le premier des paradoxes ? C'est du mouvement humaniste des Lumières qu'est née la guillotine. Bien que l’idée soit « aberrante », commente Marie Gloris, il fallait « humaniser » la peine de mort, la rendre moins douloureuse. Le deuxième des paradoxes ? C'est par souci d'égalitarisme que sous la Révolution le principe de la décapitation est instauré. Même devant la peine capitale, il fallait que tous les citoyens soient égaux. C'est dans ce contexte politique et intellectuel que le médecin Guillotin a cherché à moderniser les vieilles machines à couper les cous
connues depuis l’Antiquité, avec l’aide de son confrère chirurgien Antoine Louis, « quelque peu oublié par l’histoire mais au rôle déterminant », note la spécialiste. Aussi contradictoire que cela puisse sembler aujourd'hui, Guillotin avait espoir que son invention soit un premier pas vers l’abolition qu’il n’avait pas réussi à faire voter par l’Assemblée constituante. Car, oui, Joseph Ignace Guillotin était un abolitionniste de la première heure, au même titre que le philosophe et mathématicien Nicolas de Condorcet.

Inaugurée le 25 avril 1792 pour l'exécution à Paris d'un voleur de grand chemin, la guillotine a d'abord déçu. « C’est ce qui a été relaté à l’époque. Les gens ont hué le bourreau parce qu’ils s’attendaient à quelque chose de plus spectaculaire », raconte l’historienne. La machine a démontré toute son efficacité sous la Terreur. De septembre 1793 à juillet 1794, près de 50 guillotines sont installées en France et quelques 20 000 personnes sont exécutées. Une machine sanguinaire qui devient au fil des époques l'un des symboles de la République française jusqu'à la loi du 18 septembre 1981 qui abolit la peine de mort en France. « C’est un objet qui a définitivement marqué notre société », conclut Marie Gloris.

Camille Sarret

La Guillotine, Marie Gloris- Rica, La Revue dessinée, mars 2014