« Je vis seule au Canada sans aide. J’ai fait une demande de résidence permanente mais je ne l’ai pas encore. J’ai un travail mais il ne correspond pas à mes compétences d’ingénieur en mécanique. C’est vraiment difficile pour moi », confie d’une petite voix Maryam Salekpour au téléphone. Du jour au lendemain, cette Iranienne de 27 ans a dû tout plaquer. Sa famille à Téhéran. Son mari. Son cercle d’amis. Son poste confortable dans une compagnie pétrolière. Pourquoi ? Parce que son frère Saeed a été condamné à mort et qu’elle s’est battue pour lui.

Saeed Salekpour a été arrêté à Téhéran le 4 octobre 2008. Lui, l’informaticien qui vivait au Canada et venait rendre visite à ses parents, a été envoyé au cachot. Ce jour-là, Mayram se souvient d’avoir dit à sa mère bouleversée : « Ne t’inquiète pas, ce n’est pas possible que Saeed reste en prison… même une seule journée ! » Et pourtant, depuis ce jour, plus jamais Saeed n’a retrouvé sa liberté. Il a même connu le pire du système carcéral iranien.

Á la prison d’Evin, « il a connu deux ans de torture et cinq ans d’isolement total », comptabilise sa soeur qui au bout du fil retient tant qu’elle peut ses larmes. Plus terrible encore, il a été deux fois condamné à mort : en octobre 2010 puis en janvier 2012 en raison d’un sursaut de la Cour suprême iranienne qui a renvoyé l’affaire devant le tribunal révolutionnaire avant que la peine initiale soit confirmée. « Vous imaginez à quel point cela a été éprouvant pour moi, interpelle Maryam. Quand j’étais à Téhéran, je me réveillais le matin et je ne savais pas si mon frère aîné était en vie ou pas. Beaucoup de mes connaissances ont commencé à m’éviter de peur d’avoir des problèmes…»

Depuis le début, Mayram le clame haut et fort : « Mon frère est innocent ! ll n’existe aucune preuve ni aucune charge contre lui ». Officiellement, il est reconnu coupable de « propagande contre le régime pour avoir conçu des sites pornographiques », « d’insulte au caractère sacré de l’islam » et « d’agitation politique contre le régime ». Pourtant, « la seule chose qu’il ait faite, clarifie Maryam, c’est d’avoir créé un logiciel de téléchargement de photos et vidéos qui a été utilisé à son insu par un site pornographique. »

C’est en août 2012 que Maryam décide de s’exiler. « Un dossier avait été ouvert sur moi et l’avocat de Saeed m’avait dit que je serais arrêtée pour avoir parlé de mon frère aux médias étrangers. Donc j’ai fait ce que je devais faire pour éviter la prison. » En quittant son pays, Maryam voulait aussi protéger sa famille, ne plus être un « fardeau ». « Ma mère n’arrêtait pas de se faire un sang d’encre pour moi. J’ai été utilisée dans la torture que subissait mon frère. Ses tortionnaires lui ont montré des articles où j’étais citée et lui ont fait écouter le son de ma voix. Paniqué, il m’a appelée et m’a dit que si j’étais arrêtée, il ferait tous les aveux qu’ils demandent. »

En décembre 2012, une bonne nouvelle est enfin parvenue jusqu'à Maryam : la peine de mort de Saeed a été commuée à la perpétuité. Depuis, il est sorti de l’isolement et a retrouvé une certaine sérenité. « Il a le droit de lire. Il travaille son anglais et son espagnol, il a accès à la cour extérieure où il peut faire de l’exercice. Il peut même me télephoner régulièrement », se réjouit la jeune femme. Mais sur le fond, rien n’a changé. « Mon frère est enfermé en prison alors qu’il est absolument innocent. Sa vie est toujours en danger. Il continue de souffrir. Il ne peut voir nos parents que 20 minutes derrière une vitre. »

Dans la ville canadienne d’Edmonton où elle s’est installée, Mayram a lancé une campagne pour obtenir sa libération avec le soutien de la militante des droits de l’homme Maryam Nayeb Yazdi, une Canado-iranienne qui a fondé le site Persian2English. « J’essaie de faire entendre ma voix auprès des autorités iraniennes pour que le cas de Saeed soit re-examiné. Je veux que s'ouvre une nouvelle enquête. Je prie jours et nuits pour que le guide suprême Ali Khamenei et [le président] Hassan Rohani m’entendent. Ce sont les seuls qui peuvent aujourd’hui faire quelque chose pour mon frère. »

Par Camille Sarret