à l’occasion de la semaine de la presse et des médias à l’école, ECPM a organisé un cycle d’interventions scolaires sur le thème liberté d’expression et peine de mort les 26 et 27 mars dernier.
Lors de ces interventions, les élèves du lycée Sophie Germain (Paris), du collège Claude Debussy (Aulnay-sous-Bois) et du lycée Jean Renoir (Bondy) ont eu la chance de rencontrer Mana Neyestani, caricaturiste iranien exilé en France et auteur de la bande-dessinée Une métamorphose iranienne.

Iranien réfugié en Malaisie, puis en France après avoir été emprisonné à la prison d’Evin (Téhéran) du fait de la parution d’un dessin pour enfant représentant un cafard, Mana Neyestani a, quelques mois après les événements de Charlie Hebdo, insisté sur la difficulté pour un journaliste d’exercer son métier dans un pays qui ne garantit pas la liberté d’expression.
Ne lâchant pas son stylo de la main, Mana passe souvent par le dessin pour accompagner ses paroles. Pour expliquer aux jeunes la technique de l’exagération (et non la distorsion) à laquelle les caricaturistes ont souvent recours, Mana n’hésite pas à lui-même se dessiner au tableau. L’exagération de sa caricature est évidente : son petit nez devient encore plus petit, presque invisible, caché entre les deux verres de ses lunettes.

Ensuite, pour faire deviner aux jeunes son rôle en tant que caricaturiste, là encore il passera par un croquis : une gélule dessinée au tableau. Question : qu’est-ce que la caricature a de commun avec cette gélule ? La gélule, grâce à son enrobage sucré, permet de faire avaler un médicament amer. Il en est de même pour la caricature, qui permet au dessinateur de « rendre des sujets d’actualité très durs, plus supportables et donc plus accessibles au grand public ».

Après la discussion sur l’argumentaire abolitionniste et l’exposé de la situation internationale de la peine de mort présentés aux jeunes, il a pu prendre pour exemple la problématique de la peine capitale. Parler d’événements aussi lourds que les exécutions publiques par pendaison ou par lapidation comme c’est le cas en Iran est plus facile par le biais d’un dessin qui, avant de faire réfléchir, fera d’abord sourire. Pour illustrer cette idée, Mana dessine spontanément au tableau un homme pendu en train de faire un selfie. Le message est alors d’autant plus parlant pour les jeunes qui se rendent compte que, au-delà de leurs rires provoqués par l’exagération du scénario, c’est une réalité beaucoup plus sérieuse que traite cette petite caricature improvisée : les exécutions sont devenues tellement courantes en Iran qu’il est devenu aussi banal de voir quelqu’un se faire pendre que quelqu’un se prendre en photo avec son smartphone.

Cet exemple a permis à Mana de rappeler aux jeunes l’importance de remettre les dessins de presse dans leur contexte pour mieux les comprendre et a donné aux jeunes quelques clefs de lecture pour décrypter les caricatures avant de leur laisser la parole : à eux de tenter d’interpréter des dessins de presse. Trois d’entre ceux que Mana a publié sur la peine de mort ont été projetés au tableau pour que les jeunes proposent le sens caché qu’il devine derrière les coups de crayon de l’iranien. Derrière un bourreau qui apprend à un bébé à marcher jusqu’à une corde, la dénonciation des exécutions des mineurs en Iran. à travers le symbole de l’auréole divine qui permet d’accrocher la corde de la pendaison, l’indignation des condamnés sur des motifs religieux. Et, si Mana a parfois pu les guider en leur conseillant de tenter de saisir les différents symboles du dessin et les liens entre eux sans s’attarder aux détails des traits du dessin, la plupart du temps les jeunes collégiens et lycéens en délivraient une analyse très pertinente, conscients des réalités de la peine capitale.

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