Je vous invite à lire ci-dessous le message que nous a transmis hier Samir Noory, militant abolitionniste irakien et membre de la Coalition irakienne contre la peine de mort, quelques jours après l'annonce par le ministère de la Justice irakien de nouvelles exécutions:

La potence continue de faire des victimes en Irak!

Selon l'agence « Almada press », Hassan Al-Shammari, le ministre irakien de la Justice, a annoncé cette semaine l’exécution par les bourreaux irakiens de 17 personnes, dont deux femmes et un citoyen égyptien. Toujours selon l’agence, la majorité des personnes exécutées a été jugée coupable de participation à des actes terroristes ou meurtre. A l’occasion du 5e Congrès mondial contre la peine de mort à Madrid, Hassan Shammari a affirmé la volonté de l’Etat irakien de réduire le nombre d’exécutions judiciaires mais souligné qu’il était confronté à un terrorisme meurtrier de grande ampleur. Il a assuré que l’Etat irakien n’utiliserait la peine de mort que contre les terroristes. Ce n’est pourtant pas le cas pour toutes les 17 personnes exécutées cette semaine.

Les condamnations à mort continuent d’être prononcées régulièrement par les juges irakiens. Selon "Almada press", le lundi 3 Juin 2013, six membres d'Al-Qaïda reconnus coupables de vol et attentats à la voiture piégées ont été condamnés à mort à Bagdad. Le mardi 25 Juin 2013, la cour criminelle de Rusafa a condamné à mort un membre d'un gang de quatre personnes, après l’avoir reconnu coupable de l'enlèvement et du meurtre d'un enfant dans un quartier populaire du nord-est de Bagdad. Le mercredi 26 juin 2013, le Conseil de la magistrature a annoncé que la même cour criminelle de Rusafa a condamné à mort une personne reconnue coupable d'avoir tué son père et son frère et blessé un autre frère dans une banlieue de la capitale Bagdad, tout en confirmant que l’appel était en cours. Le mercredi 13 Juillet 2013, cette même cour criminelle a condamné à mort une personne reconnue coupable d'avoir tué deux autres personnes et blessé une troisième après les avoir enlevées pour obtenir une rançon de la famille.
EN 2011, 67 personnes ont été exécutées en Irak. Au moins 129 l’ont été en 2012. En mai 2013, on dénombrait déjà 53 exécutions depuis le début de l’année. Ce sont plus de 1 400 personnes qui patienteraient aujourd’hui dans les couloirs de la mort irakiens et au moins 150 seraient en danger d’exécution imminente.

Le 26 mars 2013, Catherine Ashton, Haute Représentante pour les affaires étrangères et la politique de sécurité‎ au sein de l'Union européenne, a fait part de ses préoccupations concernant l'application de la peine de mort en Irak. Elle a souligné que « la République d’Irak n’ignore pas la position sans équivoque de l’Union européenne contre la peine de mort » et a appelé le Gouvernement irakien à instaurer un moratoire sur les exécutions et adhérer au Deuxième Protocole facultatif se rapportant au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), visant à abolir définitivement la peine de mort.
Le 19 avril 2013, Navi Pillay, Haut Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, a condamné avec force l’exécution de 21 détenus en Irak. Elle a rappelé que le système judiciaire irakien « comportait de trop graves lacunes pour permettre une application, même restreinte, de la peine de mort ». Elle s’est déclaré consternée alors même que le ministère de la Justice annonçait son intention d’exécuter encore 150 détenus, décrivant les exécutions en Irak comme « de l’abattage de bétail ».

Malheureusement, après s'être opposé publiquement à la peine de mort en Irak, ni l’Union européenne, ni le Haut Commissariat des Nations unies, n’ont précisé les mesures qu’ils pourraient prendre alors même que les exécutions et les tortures dans les prisons irakiennes continuent. Nous, militants irakiens contre la peine de mort, leur demandons de faire pression sur le Gouvernement de notre pays, de l'isoler pour le forcer à abolir cette sanction scandaleuse et barbare, et de définir des stratégies pour le pousser dans cette voie.
Aujourd'hui, l'Irak traverse une crise politique grave. Le Gouvernement se révèle incapable d'assurer la paix civile et la sécurité des citoyens. Face à son impuissance et réagissant de façon hystérique, il a recours aux exécutions de manière massive. La torture et les traitements dégradants sont toujours pratiqués dans les prisons irakiennes. Amnesty International a annoncé, le 11 Avril 2013, que « les cas de torture dans les prisons existent encore dix ans après la chute de Saddam Hussein". L'organisation a dénoncé l'augmentation de la violence et la spirale d'effusion de sang qui en résulte pour les citoyens irakiens, et souligné que la situation sécuritaire s’est détériorée en Irak ces dernières années. Les pouvoirs législatifs, exécutifs et judiciaires participent tous à cette effusion de sang qui contribue à nourrir la haine et les préjugés sectaires, nationaux et religieux.

Les exécutions en masse en Irak ont montré au monde entier depuis de nombreuses années qu’elles ne sont pas seulement inefficaces pour réduire le terrorisme, les attentats, les meurtres et la fracture confessionnelle mais, qu’au contraire, elle contribue à augmenter leur fréquence et alimenter la haine et les conflits sectaires.
Il est nécessaire de condamner les exécutions récentes et la persistance du Gouvernement irakien à menacer la vie de ses citoyens, et d’appeler les masses libérées de l'Irak et du monde à les dénoncer. Nous appelons les organisations internationales comme la Coalition mondiale contre la peine de mort, la Commission internationale contre la peine de mort et la Coalition arabe contre la peine de mort à s’opposer avec force aux exécutions en série menées par le Gouvernement irakien ainsi qu’aux actes de torture et d'intimidation. Nous les invitons à faire connaître leur opposition aux exécutions en masse menées par le ministère irakien de la Justice dirigé par Hassan Al Shammari et le système judiciaire politisé en Irak. Nous leur demandons de faire pression sur les autorités irakiennes pour arrêter les exécutions et la torture immédiatement et abolir la peine de mort.

Nous pensons que c'est une étape importante pour arrêter l'effusion de sang en Irak et diminuer la haine et les conflits liés aux revendications sectaires et religieuses.

Non à la peine de mort

Oui au droit à la vie

Samir Nouri

Membre de la Coalition irakienne contre la peine de mort

NB