Borge Brende

Le 21 juin prochain débutera le 6e Congrès mondial contre la peine de mort. C’est en Norvège, à Oslo, qu’il se tiendra. Le ministre norvégien des Affaires étrangères, M. Børge Brende, a joué un rôle déterminant dans sa mise en oeuvre, en partenariat avec Ensemble contre la peine de mort (ECPM). Pour son pays, l’abolition de la peine capitale est une priorité politique. Interview.

Pourquoi la Norvège, qui a aboli la peine de mort depuis 1979, reste-t-elle tant investie dans le combat abolitionniste ?

Quelles que soient les circonstances, la Norvège est opposée par principe à la peine de mort. L’application de la peine de mort va à l’encontre de la dignité humaine. Il n’y a en outre aucun élément démontrant l’effet dissuasif de la peine de mort. Et toute erreur judiciaire ayant conduit à l’application de la peine de mort est irréversible. Bien que le nombre de pays abolitionnistes soit en hausse, l’augmentation du nombre total d’exécutions en 2015 prouve qu’il est toujours nécessaire et pertinent de lutter contre le peine de mort. Il est nécessaire de continuer à travailler pour l’abolition jusqu’à ce que tous les États renoncent à la peine de mort, autant dans la pratique que dans la loi.

Comment défendez-vous dans vos relations diplomatiques l’abolition de la peine de mort ?

La lutte contre la peine de mort est une priorité pour la Norvège. Nous incluons la peine de mort dans nos discussions politiques et interpersonnelles. Nous pouvons mettre en lumière des cas particuliers quand les standards minimum de justice ou de détention ne sont pas respectés, et mettre à profit des tribunes d’envergure internationale telles que celles des Nations Unies ou de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Nous évoquons la peine de mort également dans nos rencontres bilatérales à tous les échelons diplomatiques, notamment au niveau des hauts diplomates et chefs d’États. Nous espérons que le 6e Congrès mondial contre la peine de mort nous permettra de faire un pas significatif vers l’abolition universelle.

Sur quelles régions du monde portez-vous vos efforts et pourquoi ?

La peine de mort est un problème international qui ne se limite à aucune religion, tradition, région ou culture en particulier. Pour avancer vers l’abolition, nous devons avoir une vision globale. C’est une des raisons pour laquelle les Nations Unies constituent une arène politique si importante pour le combat contre la peine de mort. C’est aussi pourquoi la Norvège a décidé d’accueillir le 6e Congrès mondial contre la peine de mort. Nous croyons énormément  en ces initiatives multi-partenariales qui permettent aux États, aux Nations unies, aux ONG, aux experts et aux militants d’unir leur force.

Quel est le rôle des États abolitionnistes sur le chemin de l’abolition universelle ?

Les États abolitionnistes jouent un rôle clé dans la construction d’une dynamique devant aboutir à l’établissement d’une norme internationale contre la peine de mort. Quand la communauté abolitionniste réagit à des actions politiques ou judiciaires sur la peine de mort, nous alertons sur ce que devrait être un système juridique moderne. Néanmoins, notre travail ne consiste pas uniquement à condamner. La coopération et le dialogue sont des éléments clés. Le Congrès mondial contre la peine de mort est l’avenue royale pour qu’ensemble les États, avec ou sans la peine de mort, marchent vers l’abolition universelle. En ce sens, le Congrès mondial constitue un événement incontournable pour qu’ensemble les Etats marchent vers l’abolition universelle.

A l’automne 2016, une résolution des Nations unies appelant à un moratoire sur la peine de mort sera soumise au vote des États. A cette occasion, la Norvège, qui se montre systématiquement favorable au moratoire international, va-t-elle se mobiliser pour augmenter le nombre de pays soutenant la résolution ?

La Norvège collaborera avec une large alliance de pays pour garantir un soutien toujours plus important à la  résolution des Nations unies. La coopération entre les États et la société civile est essentielle. Qu’elles agissent dans un pays abolitionniste ou non, les organisations de la société civile jouent un rôle important dans la mobilisation des États. En coopérant avec la société civile à travers le monde, nous espérons que davantage de pays reconnaîtront l’importance de l’abolition et prendront position contre la peine de mort.

Une peine de mort abolie est-elle un obstacle à la lutte contre le terrorisme ?

Il n’est absolument pas prouvé que la peine capitale décourage ou dissuade les criminels ou les terroristes de passer à l’action. Malgré cela, les actes de terrorisme et les crimes violents sont souvent suivis d’appels à la peine de mort. Les systèmes juridiques devraient  dépasser la seule question du châtiment. La peine de mort n’est pas la réponse appropriée, même pour les délits graves. Prendre la vie ne devrait pas être considéré par les États comme une punition ou une revanche. De plus, aucun système juridique n’est parfait – nous ne pouvons jamais être certain que la peine de mort ne sera pas utilisée contre des innocents. Cela ne vaut pas la peine d’en prendre le risque.

Par Camille SARRET.