Lutter contre la condamnation à mort en Syrie est pour Mohammad Habash, président du Centre des études islamiques de Damas, une priorité. Cet homme politique, intellectuel, écrivain et religieux syrien, était invité à la conférence du 20 septembre 2012 organisée par la coalition tunisienne contre la peine de mort. A cette occasion, il a indiqué qu’il fallait adapter l’islam aux exigences de l’ère actuelle, faisant allusion à une réinterprétation du texte coranique au sujet de la peine capitale. Sa prise de position est d’autant plus notable que Mohammad Habash est la principale figure du mouvement du renouveau religieux syrien.
Né à Damas en 1962, Mohammad Habash est issu d’une famille religieuse – son père officiait comme Imam dans une mosquée. Dès l’âge de 12 ans, il entame des études religieuses et apprend à mémoriser le Coran. Par la suite, il se barde de diplômes universitaires, obtenant un master en étude du droit musulman à l'Université de Damas, un diplôme en littérature arabe de l'Université de Beyrouth et un autre en études islamiques à l'Université de Tripoli, en Lybie. Revenu ensuite dans son pays d'origine, il reçoit la plus haute distinction en mémorisation du Coran de la Maison de la Fatwa (dar al-Ifta) de Syrie. L'Université de Karachi au Pakistan lui délivre également un master en études islamiques et son doctorat, consacré aux différents sens induits par les dix différentes récitations du Coran (al-qara'at al-Qorania), lui a été attribué par l'Université du Saint Coran à Khartoum, au Soudan.
Bien que ses études aient été suivies dans un contexte conservateur, Mohammad Habash s’ouvre à la pensée du grand Mufti Cheikh Ahmad Kuftaru – qui se trouve être le grand-père de sa femme – qui prône un renouveau de la pensée musulmane. Sa deuxième source d’inspiration se trouve dans les écrits d'auteurs historiques tels qu'Abû Hanîfa, l'imam Abû al-Qâsim al-Shâtib ou encore l'imam al-Toufi al-Hanbali. L'imam Abû Hanîfa mettait en évidence l'importance de suivre les Textes Saints et de les interpréter à la lumière de son époque tandis que l'imam al-Shâtibi enseignait qu'il ne faut pas se limiter à une lecture littérale des Textes. L'imam al-Toufi, membre de l'école hanbalite, expliquait que la première source de l'islam se trouve dans le bien-être des nations.

Enseignant depuis 1990 à la Fondation Abû al-Nûr, créée par le Grand Mufti Ahmad Kuftaru (1915-2004), Mohammad Habash multiplie les conférences en Syrie et à l'étranger afin de promouvoir une nouvelle interprétation des Textes, libérée de l’idolâtrie de l'héritage qui caractérise, selon lui, la ligne conservatrice.

Élu au parlement syrien, il est député indépendant et membre de la commission administrative du parlement. A cause de la situation actuelle de la Syrie, Mohammad Habash vit en exil avec sa famille à Dubaï.

Mohammad Habash est intervenu à Rabat lors du 1er Congrès régional sur la peine de mort dans la région MENAen Octobre dernier dans le cadre d’une session pléinière « religions et peine de mort » et d'une table ronde "interprétations religieuses et droit islamique" pour expliquer aux participants que le Coran ne mentionne pas le terme « peine de mort ». Il parle de rétribution, ce qui ne signifie pas ôter la vie mais rendre justice avec équité. Par sa participation au Congrès, Mohammad Habash a démontré que le Coran peut être interprété de manière à restreindre l’usage de la peine de mort voir même de la rendre totalement inapplicable.

ECPM tient à saluer l’engagement abolitionniste de Mohammad Habash et continuera de travailler avec lui sur le sujet de la religion et de la peine de mort.

M .E