L'un des plus importants combats de Renny Cushing pour l’abolition semble sur le point d’aboutir. Le New Hampshire pourrait devenir le 19e État américain à abolir la peine de mort si les sénateurs votent l’abrogation le 17 avril. Un moment crucial pour Renny Cushing et les abolitionnistes du New Hampshire.

Après le meurtre de son père en 1988 par un voisin policier dans l’État du New Hampshire, puis le meurtre de son beau-frère quelques années plus tard, Renny Cushing aurait pu basculer dans le clan des défenseurs de la peine de mort. Mais son cheminement a été tout autre. Il est devenu l’un des plus farouches partisans de l’abolition aux États-Unis. Il est même devenu pionnier de la défense de la parole et des droits des familles de victimes de meurtre qui s’opposent à la peine de mort.

Élu à la Chambre des représentants du New Hampshire, Renny Cushing a défendu l’adoption de lois renforçant les droits des victimes et a fondé en 2004 l’association Murder Victims' Families for Human Rights (MVFHR), qui crée des passerelles entre les mouvements abolitionnistes et les associations de défense des droits des victimes.

Depuis plus d’un an, Renny Cushing porte le nouveau projet de loi pour l’abolition de la peine de mort dans cet État du nord-est des États-Unis. C’est avec tous les abolitionnistes du New Hampshire ainsi qu’avec le soutien de la Coalition mondiale contre la peine de mort et de l’association Ensemble contre la peine de mort qu’il s’est lancé dans ce travail colossal. Multipliant les rendez-vous privés et les conférences publiques, il est parvenu à faire changer de camp des représentants et sénateurs, issus de différents partis, qui étaient traditionnellement « pro peine de mort ». Un tour de force politique inédit qui a fait émerger une large coalition en faveur de l’abolition.

Résultat, en mars dernier, le texte a été adopté avec succès par la Chambre des représentants à majorité républicaine. Il reste désormais à convaincre le Sénat, également dominé par les républicains. Tout semble en bonne voie. « De très nombreux sénateurs sont en lutte pour l’abolition. Ce n’est pas une question de parti mais d’engagement personnel », insiste Renny Cushing. Le 11 avril, après un premier vote qui s’est soldé par un ex-æquo (deux voix à deux en l’absence d’un des cinq sénateurs), la commission justice du Sénat a fait volte-face en approuvant le projet de loi par trois voix à deux. Si ce vote est confirmé en plénière le 17 avril, la gouverneure démocrate Margaret Hassan, à la tête du New Hamsphire depuis 2013, a déjà annoncé qu’elle n’opposerait pas son veto, contrairement à l’ancienne gouverneure Jeanne Shaheen qui l’a fait en 2000. Cet État de la Nouvelle-Angleterre s’alignerait alors sur ces voisins, le Maine, le Vermont et le Massachusetts, tous abolitionnistes de longue date.

Camille Sarret
Photo de Patrick Delahanty