Parler d’abolition en Asie est souvent une gageure. Dans ce continent, le dernier majoritairement rétentionniste, les droits de l’homme sont perçus comme un concept occidental et en total décalage avec les réalités des pays d’Asie. C’est pour cela qu’ECPM y est particulièrement présente.

Il est vrai que les principes démocratiques n’ysont pas forcément la norme. On parle de dictature communiste, dictature capitaliste, dictature tropicale ou encore dictature militaire…mais assez rarement de démocratie, de gouvernance et de droits de l’homme.

L’actuel président philippin, Rodrigo Duterte se vantait déjà de sa cruauté avant son élection : « Oubliez les droits de l’Homme. Si je deviens président, ça va saigner. » De son côté, Singapour est fer de lance du front international contre l’abolition dans toutes les enceintes internationales. Toujours fondé sur le même argument de la souveraineté des États et de leur justice.

Nous devons donc avancer pas à pas. En juillet dernier, nous avons soutenu l’Assemblée générale de notre partenaire ADPAN (Anti Death penalty in Asia network), réseau qui regroupe plus de 48 membres de la zone Asie-Pacifique. Des membres de plus de 17 pays étaient représentés pour l’événement : Chine, Inde, Pakistan, Malaisie, Indonésie, Taiwan, Singapour, Cambodge, Papouasie Nouvelle-Guinée, Australie, Bangladesh, Hong-Kong, Japon, Corée, Philippines, Vietnam et Thaïlande.

Nous avons également organisé un colloque parlementaire au Parlement malaysien avec notre partenaire PGA ( Parlementarians for a Global action) , l’occasion de mettre sur la table la question de l’abolition par étape de la peine de mort. Ainsi Madame Azalina Othman Said, ministre des lois rattachée au Premier ministre, a pu très officiellement s’engager à porter dans la prochaine réforme de la loi la fin de la peine de mort obligatoire pour les cas de trafic de drogue.

Cela ne peut-être qu’une étape, une toute petite victoire (si cela finit par aboutir) sur le chemin de l’abolition universelle.

Notre action en Indonésie passe également par notre soutien à Serge Atlaoui. J’ai eu l’occasion de le voir dans sa prison au centre de l’île de Java. Il m’a redit combien le soutien apporté par ECPM et par tous les messages venant de France et du monde entier l’aidait à tenir. Notre engagement n’est pas vain, il est entendu jusqu’au fin fond de la cellule de Serge, sur son île prison de Nusa Kambangan. Serge garde l’espoir de sortir de l’enfer dans lequel il est depuis maintenant plus de 10 ans.

En France aussi, ECPM plaide et s’organise. Nous sommes membre du Comité de pilotage de la Plateforme des ONG françaises agissant au niveau international sur les droits de l’homme. Pour la première fois en France, le 26 septembre dernier, nous sommes 12 ONG françaises à nous être regroupées au sein de cette plateforme commune pour faire entendre notre voix et porter plus loin et plus haut nos particularités et notre message.

Raphaël Chenuil-Hazan

Directeur général ECPM

@chenuilhazan