Nous terminons l’année 2015 sur un sentiment d’amertume profond, de tristesse et de révolte. Cette année s’achève comme elle avait débuté, par la plus abjecte des manières qu’est le terrorisme. Ce terrorisme sanglant a visé des dessinateurs ayant bercé notre enfance, des juifs coupables d’être juifs, des jeunes faisant la fête ou écoutant du rock. Les terroristes islamistes ont visé ce qu’ils haïssent le plus au monde : la démocratie, le droit d’expression, le droit à la différence et le droit à l’insouciance. Ils veulent instiller la terreur et l’horreur. Et il faut bien l’avouer, ils y arrivent assez bien : quand ils visent une rue commerçante de Beyrouth, un supermarché casher, un bar ou une salle de concert bondée, où quand ils massacrent 141 personnes (dont 132 enfants) dans une école au Pakistan.

La réponse des États n’a pas été à la hauteur et a plongé l’année 2015 dans une course folle aux exécutions et à la vengeance. La Jordanie, pour le meurtre de son pilote brûlé vif par Daesh, a rompu un moratoire de presque 10 ans pour satisfaire les pulsions morbides de la vindicte populaire, en exécutant immédiatement en représailles une femme (qui n’avait pourtant rien à voir avec l’affaire). Le Pakistan a relancé les exécutions à grande échelle après là encore- un long moratoire suite à l’attentat de l’école de Peshawar en décembre 2014. La majorité des exécutions n’ont aucun lien avec le terrorisme et montre le cynisme politique des dirigeants et la perte des valeurs démocratiques.

Enfin la réaction de l’Arabie Saoudite, à la folie meurtrière de Daesh, ne s’est pas fait attendre :
  • en 2015, plus de 140 personnes ont été exécutées (bien plus que les années précédentes) ;
  • Raïf Badawi a été condamné à 1000 coups de fouet pour avoir exprimé publiquement son avis et des critiques sur son blog ;
  • Ali Al-Nimr1, jeune bloggeur mineur (au moment des faits reprochés), a été condamné à mort pour le simple fait d’avoir manifesté (et d’être chiite) ;
  • Ashraf Fayed, jeune poète palestinien, risque l’exécution pour apostasie, en totale opposition à son droit de croire autrement (ou même de ne pas croire).

L’Arabie Saoudite est devenue l’alliée objective de Daesh. Ils partagent la même vision du monde fondée sur le rejet de l’altérité et de la liberté d’expression, et sur l’usage de la terreur.

Le combat mondial et légitime contre le terrorisme doit passer par les valeurs universelles des droits de l’homme. L’Arabie Saoudite, le Pakistan, notamment, ne peuvent plus faire double jeu. Comme premiers actes, nous espérons la libération immédiate de Raïf, Ali et Ashraf ! Nous demandons un moratoire durable sur les exécutions. Nous exigeons que l’Arabie Saoudite tourne le dos aux méthodes les plus barbares et moyenâgeuses.

Nous avons également cette année vécu ensemble la reprise des exécutions en Indonésie, et le combat qu’ECPM a mené avec vous pour sauver Serge Atlaoui et tous les condamnés à mort dans ce pays. Ce fut rude et éprouvant, avec l’exécution de 14 condamnés à mort. Mais in extremis, Serge Atlaoui et Mary-Jane Velosso sont sorties de la liste d’exécution.

L’espoir renaît pourtant, en 2016, et laisse entrevoir des avancées positives : des rumeurs de moratoire nous viennent de Jakarta. La Mongolie vient d’officialiser l’abolition par un vote au parlement d’une révision du code pénal. Le Congo-Brazza se rapproche un peu plus d’une abolition formelle.

Il faut maintenant espérer que la marche en avant, stoppée en 2015, reprenne de plus belle, notamment à l’occasion du 6e Congrès mondial contre la peine de mort qui se tiendra à Oslo du 21 au 23 juin prochain. En espérant vous y retrouver nombreuses et nombreux, je vous souhaite une année 2016, plus abolitionniste que jamais.

Raphaël Chenuil-Hazan
Directeur général Ensemble contre la peine de mort-ECPM


(1) Un rassemblement de soutien à lieu tous les jeudis en alternance entre le parvis des Droits de l’homme au Trocadero ou place Edmond Michelet.