Voici un Mail de l’Abolition bien inédit ! Il y sera question de droits, d’hommes et de femmes, mais aussi, une fois n’est pas coutume, de sport. Car derrière les valeurs de fraternité et d’engagement que promeut le sport, une réalité plus complexe se fait jour. Ce mois-ci, nous allons vous raconter comment et pourquoi ECPM a pris attache avec la Fédération internationale de Football, la FIFA.

La passion de la balle ronde et des terrains verts ont fait tourner de nombreuses têtes, dont souvent la mienne… mais en ont aussi fait parfois tomber. Comment expliquer les abus insensés autour de ce jeu. Comment justifier l’obtention par le Qatar de l’organisation de la Coupe du monde 2018 ? Comment comprendre les exécutions dans un stade de football iranien ? Comment justifier la séparation entre femmes et hommes dans les stades ? Comment accepter les exactions aux droits humains dans les enceintes sportives ?

Ce sont ces sujets qu’ECPM s’est attelé à porter auprès de la FIFA et d’autres grandes organisations sportives, car derrière le sport, il y a de la politique.

De nombreuses stars du football se sont déjà démarquées pour faire entendre la voix des droits de l’Homme et de la démocratie sur et en dehors des terrains de football, car le football peut et doit jouer un rôle dans la promotion des droits humains. Le football mondial n’est pas qu’une histoire de sport et de compétition, et il n’y a qu’à voir les nouveaux statuts de la FIFA entrés en vigueur en avril 2016 pour le comprendre :

– à travers ses objectifs : promouvoir le football à la lumière de valeurs éducatives, culturelles et humanistes ;

– à travers son article 3 : promouvoir et respecter tous les droits de l’homme internationalement reconnus ;

La FIFA, via cette modification de statuts, démontre un intérêt certain pour les droits de l’homme. Cependant, il est temps de donner de l’effectivité à ces engagements :

1) en veillant au respect des droits humains dans les pays organisateurs.

Il est certain que le Mondial 2014 a été loin d’être exemplaire en matière de respect des droits fondamentaux. Mais avec l’attribution des prochaines éditions à la Russie (2018) et au Qatar (2022), la FIFA doit imposer ses exigences ;

2) en imposant des sanctions aux fédérations qui laissent se commettre des violations flagrantes des droits de l’Homme dans les stades comme en Iran ;

3) en rajoutant une obligation pour les associations membres de la FIFA de respecter les droits de l’homme, assortie de sanctions en cas de non-respect;

4) en soumettant les candidatures d’organisation (FIFA WC, UEFA, CAF, AFC, OFC, CONCACAF, CONMEBOL) au respect des droits de l’Homme.

Comme l’ont écrit John G. Ruggie et François Carrard dans leurs travaux de réforme, la FIFA a beaucoup de retard à rattraper. Elle y est, de plus, engagée, car elle a adhéré aux principes directeurs ONU (2011) auxquels un certain nombre d’obligations sont fixées.

L’attribution des deux prochains mondiaux à la Russie (2018), pays le plus condamné par la Cour européenne des droits de l’Homme – avec doublement de condamnations entre 2015 et 2016-, et au Qatar (2022) dont la réputation n’est plus à faire, sont des signaux extrêmement négatifs pour l’image de respect des droits de l’Homme de la FIFA.

Cependant, lors de notre rendez-vous, nos interlocuteurs de la FIFA ont semblé avoir compris le besoin d’engagements concrets. Il s’agit maintenant de passer à l’action. Loin des magouilles, des arrangements et des transferts vertigineux, le football reste un merveilleux passeur de rêve et d’espoirs, et un levier formidable pour la promotion des droits de l’homme.

Je vous invite à ce propos à vous intéresser à une ONG amie, LaBAP- La Balle aux Prisonniers, qui s’attelle à porter les droits de l’homme dans de nombreuses prisons africaines mais aussi européennes, par le vecteur du football. Une belle façon de rester fidèle aux valeurs du sport !

Raphaël Chenuil-Hazan
Directeur général ECPM