Parfois en écrivant ces lignes, j’ai ce sentiment amer du moulin à vent qui ressasse encore et encore les mêmes causes, les mêmes effets, les mêmes bêtises humaines. Encore et toujours, le cynisme voire même l’ubuesque l’emporte sur la raison et la tempérance. J’ai ce sentiment lancinant de lassitude de l’éditorialiste qui rappelle une énième fois la folie des hommes : L’Arkansas (État d’origine de Bill Clinton), paniqué par des dates de péremption de produits pharmaceutiques qui venaient à terme, a relancé in extenso, après 12 ans de moratoire, les exécutions. Quatre personnes ont été mises à mort, dont Kenneth Williams qui a été pris de convulsions et a suffoqué pendant plusieurs minutes, montrant, s’il l’était encore nécessaire, la barbarie de l’acte.

Quel meilleur argument contre la peine de mort !

« On ne tue pas pour vous protéger ! On ne tue pas pour appliquer la loi ! Tout ça ce sont des fadaises, mais on tue pour ne pas gâcher ! » semblent nous expliquer les autorités en Arkansas. La vie d’un homme (de 4 en l’occurrence) ne tient qu’à des questions de protocoles et de produits pharmaceutiques. Réveillez-vous citoyens de pays qui connaissent encore la peine de mort ; exprimez votre dégoût de cette aberration. L’essayiste français Maurice Chapelan (1906-1992), écrivait que « la prise de position d’un homme devant la peine de mort est un test absolu de son niveau de civilisation ».

Arrêtez de croire que c’est le mode de mise à mort qui est en question ; c’est bien la peine capitale elle-même qu’il faut rendre obsolète. Tout débat sur l’humanisation de la peine capitale est stérile et surtout dangereux ! Il n’y a pas de manière humaine d’ôter la vie ! Tuer un homme, une femme (ou même un enfant comme c’est le cas dans certains pays et jusqu’en 2004 aux États-Unis) reste la même chose que ce soit par injection létale, par l’électricité, par l’épée, la corde, le pistolet, le fusil ou par le gaz. D’ailleurs pour cette dernière méthode, le ridicule, l’ironie et l’aspect kafkaïen de la chose, font que les États aux USA qui l’ont choisie, le font avec du zyklon B, qui fut utilisé dans les chambres à gaz nazies.

La lassitude me gagne également quand je vois la situation des droits de l’homme et de la peine de mort en Iran. Nous avons sorti il y a peu notre dernier Rapport annuel sur la peine de mort en Iran avec notre partenaire Iran Human Rights (IHR) qui est consultable en ligne. Les Iraniens sont retournés aux urnes, le 19 mai dernier, dans un faux-semblant démocratique, où encore une fois un conservateur était opposé à un ultra-conservateur. C’est le conservateur qui a gagné ! Qu’en est-il du peuple iranien ? Qu’en est-il des droits de l’homme ? Quand vont-ils gagner, eux ?

Enfin, nous apprenons que Siarhei Vostrykau condamné à mort en Biélorussie en mai 2016, aurait été exécuté entre le 13 et le 29 avril 2017. Cette exécution, la première de l’année, nous rappelle encore une fois que le continent européen n’est pas libéré de la peine de mort, montrant combien la peine de mort nous touche encore. Si loin, si proche !

Raphaël CHENUIL-HAZAN
Directeur général ECPM