ECPM consacre de plus en plus de temps et d’énergie au développement de plaidoyer au sein des institutions onusiennes. Si ce travail s’avère incontournable pour faire avancer la cause abolitionniste dans le monde, il peut être difficile de comprendre et de différencier l’importance de ces multiples modes d’actions. Nicolas Perron, directeur des programmes à ECPM, nous aide à y voir plus clair.

L’an passé, ECPM a obtenu le statut Ecosoc aux Nations Unies. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela implique ?

L’obtention de ce statut est une véritable reconnaissance de tout le travail réalisé par ECPM au sein des Nations unies. L’ECOSOC est le seul organisme de l’ONU ayant une structure formelle pour la participation des ONG.

Il permet à l’association de participer officiellement à tous les mécanismes des droits de l’homme des nations unies, d’exprimer son point de vue et d’influencer les travaux. Concrètement, ECPM peut désormais fournir son analyse sur la situation de la peine de mort dans un pays donné, aider à surveiller et mettre en œuvre les accords internationaux, présenter des déclarations écrites et verbales lors des travaux et organiser des événements au sein des Nations unies.

Quel rôle joue ECPM dans les Examens Périodiques Universels ?

L’Examen Périodique Universel (EPU) est un mécanisme unique du Conseil des droits de l’homme. 47 états examinateurs se penchent sur la situation des droits de l’homme dans l’un des 193 états membres des Nations Unies.

Dans ce cadre, ECPM soumet des informations sur la peine de mort dans le pays concerné, fait du plaidoyer auprès des états examinateurs, prend la parole lors de l’adoption du rapport du Conseil des droits de l’homme et veille à la mise en œuvre des recommandations sur la peine de mort acceptées par l’Etat examinateur. ECPM travaille actuellement sur les EPU du Maroc, de la Tunisie et de l’Algérie.

Tous les 2 ans l’assemblée générale des Nations Unies se prononce sur un moratoire universel contre la peine de mort. Quel rôle ECPM joue-t-elle à cette occasion ?

Depuis 2007, une résolution pour un moratoire universel sur l’application de la peine de mort est soumise au vote de l’Assemblée Générale des Nations Unies tous les 2 ans. Il s’agit d’un texte non contraignant qui réaffirme que l’application de la peine de mort porte atteinte à la dignité humaine et qui appelle tous les membres de l’ONU à instaurer un moratoire sur les exécutions.

Avec l’appui de ses partenaires locaux et en lien avec la Coalition mondiale contre la peine de mort , ECPM mène des actions de plaidoyer visant à convaincre les états encore réticents à soutenir la résolution. Pour ce faire, ECPM va à la rencontre des autorités et des diplomates des pays concernés, développe des outils de plaidoyer et organise des événements parallèles au siège des Nations-Unies à New York.

Le 19 décembre 2016, 117 Etats ont  voté pour la résolution et 40 contre (+2 comparé à 2014), tandis que 31 se sont abstenus (-3) et que 5 étaient absents. L’adoption de cette résolution confirme et soutient la tendance mondiale vers l’abolition de la peine de mort.  Le mois dernier, ECPM était présente au Palais des Nations à Genève. Dans quel but ?

Premièrement, nous avons organisé un side event. Un side event, ou événement parallèle en français, est un événement organisé en marge du conseil des droits de l’homme qui s’adresse essentiellement aux diplomates et éventuellement aux ONG pour traiter d’un thème spécifique. Il s’agissait à cette occasion de présenter les actes du 6ème Congrès mondial contre la peine de mort et d’annoncer la tenue du 7ème Congrès mondial à Bruxelles.

Nous avons également prononcé une déclaration dans le cadre du Panel de haut-niveau organisé au sein du Conseil des droits de l’homme. Il s’agit d’un panel organisé, tous les deux ans, autour d’une thématique différente. Il s’agissait cette année d’échanger sur la peine de mort et la torture. Grâce à notre statut Ecosoc, nous avons donc pu prendre la parole devant les représentants des états et les experts de cette thématique.