Après la tumultueuse Madrid, c’est Oslo, la paisible capitale norvégienne, qui accueillera du 21 au 23 juin le 6e Congrès mondial contre la peine de mort, organisé par ECPM (Ensemble contre la peine de mort) en partenariat avec la Coalition mondiale contre la peine de mort.

Nichée au creux d’un fjord, Oslo reste une ville méconnue. Ce qui frappe, c’est sa proximité avec la nature. La ville est entourée d’immenses forêts et s’ouvre sur la mer parsemée de 40 îles. Ici, on est loin du stress parisien. « Les habitants ont l’air d’être agréables et particulièrement détendus, a noté dès son premier séjour Jessica Corredor d’ECPM. Bien que discrets, ils sauront apporter leur signature à notre Congrès ! » « Ils sauront ajouter une certaine pincée de technicité et de modernité tout en restant dans la simplicité », renchérit Desislava Raoul qui a été en charge de la communication des cinq derniers Congrès mondiaux contre la peine de mort.

La Ville du Tigre

Sur de nombreuses places, se dressent des tigres en bronze, humbles et élégants. La capitale norvégienne est aujourd’hui fière d’avoir été baptisée Ville du Tigre (Tigerstaden) par l’écrivain romantique Bjørnstjerne Bjørnson au XIXe. Pourtant, à l’époque, l’auteur norvégien l’avait ainsi surnommée pour critiquer son effacement face à la puissance suédoise et sa facilité à changer de posture selon le contexte socio-politique. Un siècle plus tard, ce surnom est devenu flatteur pour les habitants d'Oslo. Il symbolise leur grande capacité d'accueil des immigrants et d'intégration de leur culture.

Dans la dernière enquête sur le bonheur mondial, la Norvège se maintient dans le peloton de tête, à l’instar de ses voisins scandinaves, la Suède et le Danemark. Pourtant en 2011, le pays a connu un drame sans précédent. En une même journée, une bombe explose dans le quartier gouvernemental de la capitale et un tireur armé déguisé en policier ouvre le feu sur des jeunes rassemblés sur l’ile d’Utøya à l’occasion d’un meeting du parti travailliste. Le bilan est particulièrement lourd : 8 morts à Oslo, 162 morts à Utøya, 48 blessés en tout.

C’est la plus grave attaque que la Norvège ait connue depuis la Seconde guerre mondiale. Mais le pays ne tombe pas dans un climat de peur et de haine. C’est un message de paix et de tolérance que délivre au lendemain du choc le Premier ministre d’alors, Jens Stoltenberg : « Vous ne nous détruirez pas. Vous ne détruirez pas notre démocratie et nos efforts pour un monde meilleur. Nous sommes une petite nation, mais elle est fière. Personne ne nous bombardera jusqu’au silence. Personne ne nous tirera dessus jusqu’au silence. Personne ne nous effraiera jamais d’être la Norvège {…} Demain, nous allons montrer au monde que la démocratie norvégienne est plus forte. {…} Nous devons montrer que notre société ouverte fait face à cette épreuve, que la réponse à la violence est encore plus de démocratie et plus d’humanité, mais jamais la naïveté. » Une ligne politique qui ne bougera pas.

Au Congrès mondial de Madrid, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Gry Larsen, l’avait rappelé : jamais les attentats de 2011 n’ont amené la Norvège à remettre en question son positionnement abolitionniste, jamais un débat ne s’est ouvert sur le retour à la peine de mort. Un exemple à méditer… Les habitants d’Oslo sont en tout cas chaleureusement invités à partager leur expérience au 6e Congrès mondial contre la peine de mort. D’ores et déjà « on perçoit un fort intérêt pour le Congrès à travers les rencontres qu’on a pu faire à Oslo, confie Ramla Liatouji, en charge de la logistique de l’événement à ECPM. J’ai hâte d’y être. »

Camille SARRET.