C’est avec un grand enthousiasme que l’association Ensemble contre la peine de mort (ECPM) est partie une nouvelle fois à la rencontre des collégiens et des lycéens pour les sensibiliser à l’abolition de la peine de mort !
Depuis 2009, le programme « Éduquer aux droits de l’homme et à l’abolition de la peine de mort » d’ECPM a permis de toucher plus de 5000 élèves. S’y ajoutent désormais près de 400 jeunes supplémentaires que l’association a rencontrés à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, dans 7 établissements de la région parisienne entre le 9 et le 17 octobre.
D’une durée de deux heures, ces interventions directement réalisées dans les salles de classe auprès d’élèves de la 4e à la Terminale ont pour but de leur donner des éléments d’information, de compréhension et de réflexion sur la peine de mort et son abolition, avant de leur faire entendre la parole d’un ancien condamné ou d’un proche d’un condamné.


Devant un public allant d’une quinzaine à plus de cent élèves et professeurs, c’est d’abord Charlène Martin ou Marianne Rossi, en charge du programme d’éducation d’ECPM, qui a questionné les élèves sur l’intérêt du combat abolitionniste et les a sollicités sur leurs connaissances de la situation de la peine de mort dans le monde. « Combien de pays l’appliquent encore ? ». Les plus optimistes les compteront sur les doigts d’une main avant d’apprendre qu’ils sont encore 57, où plus de la moitié de la population mondiale vit. En plus de leur apporter des données chiffrées sur le recours à la peine de mort dans le monde, cette première heure interactive permet aux élèves de déconstruire les préjugés qu’ils pouvaient avoir sur cette sanction pénale. Si certains avaient en début de séance pu faire entendre l’argument « celui qui a tué doit être tué », au fil des exemples pays par pays où l’on peut être condamné, entre autres, pour trafic de drogue, corruption, ou encore piratage informatique, tous prennent conscience que ce châtiment est loin d’être réservé aux seuls crimes de sang. C’est ensuite avec surprise qu’ils apprennent que, dans certains pays, on exécute encore par fusillade sous secret d’État, par pendaison publique, voire par lapidation ! Adultère, homosexualité, apostasie, blasphème, injure à l’État : ils réalisent que la peine de mort, dont les statistiques démentent tout effet dissuasif sur les criminels, semble en fait bien plus utilisée pour réprimer les opposants politiques et anéantir les libertés sexuelles ou religieuses. Enfin, quand on leur annonce qu’en Iran, certains condamnés sont des mineurs qui n’attendent que leur majorité pour être exécutés, l’identification est immédiate et elle s’accompagne d’une stupéfaction teintée d’indignation qui ne manque pas de se faire spontanément entendre dans la salle.

Après cet aperçu des réalités multiples de la peine de mort, vient le temps fort du témoignage. Pour ce cycle d’intervention, les établissements scolaires ont eu la chance exceptionnelle d’accueillir Curtis Mc Carty, spécialement venu des États-Unis sur invitation d’ECPM pour raconter son histoire aux jeunes : il a passé 19 ans dans les couloirs de la mort d’Oklahoma pour un meurtre qu’il n’avait pas commis. S’exprimant en anglais, il est traduit par une spécialiste des États-Unis, Sandrine Ageorges-Skinner (épouse de Hank Skinner) ou Claude Guillaumaud-Pujol (biographe de Mumia Abu Jamal), qui, avant de faire le lien entre Curtis et les élèves, introduira son témoignage par une explication de la peine de mort aux États-Unis et une présentation des disparités de son application au travers des 50 États.
Et Curtis prend la parole. à travers lui, la peine de mort qui n’avait jusque-là semblée n’être qu’un sujet d’étude fait de chiffres et de nouveaux mots de vocabulaire devient soudainement une réalité en chair et en os. Son ton humble et poignant ne laissera personne insensible et chacun retiendra son souffle au rythme de ses silences. Sa voix est celle de la désillusion sur le système judiciaire américain, à la découverte de ces couloirs de la mort qui n’abritent que des hommes majoritairement issus des minorités raciales et/ou sans diplôme, souvent illettrés, parfois attardés mentaux, et, dans tous les cas, pauvres. Il racontera aux élèves comment, pour trouver un coupable, les pièces à conviction ont été physiquement manipulées pour monter un dossier à charge contre lui. Comment, « par un coup de chance aveugle et stupide », il s’en est sorti, après des années à accompagner, les uns après les autres, ses compagnons de cellule avant leur exécution, au point, à cours d’appel, de se préparer à sa propre mort. Une fois son récit terminé, malgré l’émotion, les gorges se dénouent pour en savoir plus et les chaleureux applaudissements laissent vite place aux questions des élèves : « Est-ce que tu pouvais voir ta famille ? » « Quelle est la première chose que tu as fait une fois sorti de prison ? » « Comment gagnes-tu ta vie aujourd’hui ? » « As-tu eu des excuses de la part de l’État d’Oklahoma ? »
Lui qui était issu d’une famille sans problème de classe moyenne et qui aimait l’école, Curtis Mc Carty a quitté l’une et l’autre dès l’âge de 16 ans. En plus du traumatisme de ses années morbides d’incarcération et d’une compassion infinie pour les parents de son amie assassinée, il porte en lui la culpabilité de cette mauvaise réputation de jeune délinquant qui a été exposée aux jurés qui s’apprêtaient à décider de sa vie. Curtis Mc Carty veut bien sûr faire entendre que la peine de mort ne résout rien et révéler les effets pervers de son application aux États-Unis. Mais pas seulement. En avouant que ce mode de vie en dehors de l’école et de sa famille a été « la pire chose qu’ [il ait] pu faire », c’est un message insistant sur l’importance de l’éducation et de l’engagement citoyen que Curtis veut lancer aux jeunes : gardez un comportement digne, protégez et aidez vos proches, participez aux activités de votre communauté, engagez-vous !

Les élèves pourront d’ailleurs saisir l’occasion du concours de dessin « Dessine-moi l’abolition » pour s’engager dans le combat abolitionniste en réalisant leur affiche pour un monde sans peine de mort qui, à n’en pas douter, devrait être inspirée par cette rencontre inoubliable tant pour eux que pour leurs professeurs. Ces derniers peuvent d’ailleurs eux-aussi militer à leur façon pour l’abolition en devenant membre du Comité d’enseignants d’ECPM visant à améliorer ses outils pédagogiques, pour toujours mieux éduquer à l’abolition !

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Charlène Martin