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C’est officiel, Robert Badinter est dorénavant le président d’honneur d’ECPM ! À cette occasion, et à quelques jours du 6e Congrès mondial contre la peine de mort, nous en avons profité pour lui poser quelques questions sur la situation actuelle. L’ancien Garde des Sceaux a notamment évoqué notre devoir de vigilance dans cette période qui réveille « la pulsion de mort », ainsi qu’un constat éclairant sur la complexité de la peine capitale dans le monde.

Cela fait de nombreuses années que vous soutenez ECPM, et vous acceptez aujourd’hui d’être notre Président d’honneur. Quel est le rôle des ONG selon vous dans le combat abolitionniste ?

Sans l’engagement ardent des ONG, la cause de l’abolition de la peine de mort n’aurait jamais triomphé. Ni en Europe où le prix Nobel de la paix est venu en 1977 honorer l’action d’Amnesty International, qui avait inscrit l’abolition au rang des combats prioritaires pour les droits de l’homme, ni en France où sans le soutien des militants des ONG, la lutte pour l’abolition n’aurait pas trouvé de soutien suffisant dans l’opinion publique. Dans le monde enfin, ce sont les ONG qui ont donné au mouvement abolitionniste sa dimension universelle.

Pourquoi est-il primordial de maintenir le combat contre la peine de mort en France, 35 ans après l’abolition ?

La France depuis 1998 s’est placée résolument dans le groupe des pays leaders engagés contre la peine de mort. Elle se doit de conserver sa place au premier rang des États qui combattent la peine de mort dans le monde.

Quel regard portez-vous sur la situation de la peine de mort dans le monde ?

La situation est complexe. Les progrès réalisés au cours des dernières décennies sont considérables : en 20 ans, 42 États sont devenus abolitionnistes pour tous les crimes (en 1996, 60 pays avaient aboli la peine de mort pour tous les crimes; fin 2015, ils étaient 102 à l’avoir fait).  Mais à l’heure actuelle, le développement du terrorisme et la cruauté de ses actions réveille dans le public la pulsion de mort. Il ne saurait être question pour nous de rétablir la peine de mort pour lutter contre le terrorisme. Chacun sait que la mort ne dissuade pas les terroristes d’agir puisqu’ils meurent souvent dans les attentats qu’ils commettent. De surcroît, les terroristes exécutés apparaîtraient aux yeux de leurs partisans comme autant de « martyrs » de leur cause. Des commandos seraient créés dès le lendemain de l’exécution du « martyr » avec pour premier objectif de le venger.

Selon vous, quelle stratégie devons-nous adopter pour faire disparaître la peine capitale dans le monde ?

Maintenir hauts et fermes nos principes: le droit à la vie est le premier des droits de l’homme. L’abolition apparaît ainsi comme un enjeu capital dans la lutte pour le progrès moral d’une humanité qui en a bien besoin. Tous les moyens de communication doivent être utilisés pour montrer l’inutilité de la peine de mort dans la lutte contre le crime sanglant et l’injustice dont elle est porteuse, qu’il s’agisse d’erreurs judiciaires ou de préjugés racistes qui s’inscrivent secrètement dans les condamnations à mort.

Quelles sont vos attentes et vos espoirs quant au prochain Congrès mondial contre la peine de mort qui se tiendra à Oslo dans quelques jours ?

Les Congrès mondiaux contre la peine de mort qui se sont tenus depuis plus d’une dizaine d’années ont toujours été l’occasion d’échanges fructueux avec les militants abolitionnistes d’autres pays. Il est bon que ceux qui partagent les mêmes valeurs se retrouvent pour mesurer la dimension universelle de la lutte contre la peine de de mort et les progrès à réaliser ensemble. À cet égard, le Congrès d’Oslo s’annonce prometteur.