Poète palestinien âgé de 35 ans, Ashraf Fayad est condamné à mort pour avoir renié la religion musulmane. Où ? En Arabie Saoudite. Appliquant la charia, le royaume wahhabite a déjà exécuté 151 personnes depuis le début de l’année. Un triste record depuis 1995.

Le verdict le déclarant coupable d'apostasie est tombé le 17 novembre. « J'ai été très choqué mais c'était attendu, a confié le condamné au quotidien britannique the Guardian. Je n'ai cependant rien fait pour mériter la mort. Ils m'accusent d'athéisme et de répandre des idées destructrices dans la société.»

En 2014, Ashraf Fayad avait été condamné à quatre ans de prison et 800 coups de fouet en première instance suite à une plainte provenant d'un groupe de discussion culturel dans un café d'Abha. « Ce que dit M. Fayad, c'est qu'il s'est disputé avec les autres membres du groupe, a précisé Adam Coogle de l’ONG Human Rights Watch au Moyen Orient. Un homme affirme l'avoir entendu tenir des propos contre Dieu, tandis qu'un religieux l'accuse de "blasphème" dans un de ses recueils de poèmes ».

Lors du premier procès, Ashraf Fayad avait démenti que son ouvrage soit « blasphématoire », mais s'était quand même excusé. La cour n'avait alors « pas voulu le condamner à mort ». Mais, d’après Human Rights Watch, c’est d’un autre tribunal qu'est venu le verdict, jugeant que « le repentir, c'est pour Dieu ».

De son côté, l’activiste koweitienne Mona Kareem, également citée par le journal britannique, a pointé plusieurs irrégularités dans le déroulement du procès du poète. Elle a notamment indiqué que Ashraf Fayad n'avait pas pu nommer un avocat car ses papiers d'identité lui avaient été confisqués au moment de son arrestation. « Le nouveau juge n'a même pas parlé avec lui, il s'est contenté de prononcer le verdict », a-t-elle encore précisé. Certains amis de Ashraf Fayad pensent qu'il paye surtout pour avoir mis en ligne une vidéo montrant la police religieuse en train de fouetter un homme en public.

Comme pour le jeune étudiant Ali Al-Nimr, également condamné à mort en Arabie Saoudite pour avoir participé à des manifestations contre le régime en 2012, une mobilisation internationale s’est mise en place pour sauver Ashraf Fayad de la peine capitale.

Une page Facebook a été créée : Freedom for Ashraf Fayad. Une partie de ses poèmes ont été traduits en anglais. Sur la plate-forme spécialisée change.org, une pétition pour « sauver le poète Ashraf Fayad » a récolté plus de 230 000 signatures. Elle a été notamment relayée en France par l’écrivain marocain Tahar Ben Jelloun qui a publié un texte de soutien sur le site du magazine Le Point. ECPM est bien sûr partie prenante de la mobilisation.

Camille Sarret