Exiger l’abolition de le peine de mort pour les femmes, c’est la revendication que souhaite porter auprès des autorités thaïlandaises le militant Danthong Breen, ancien président de Union for civil liberty (UCL) en charge aujourd'hui du projet peine de mort, à Bangkok. Une stratégie par le genre qui mérite analyse et réflexion en ce mois de mars marqué par la Journée internationale des droits des femmes.

Pourquoi exigez-vous l’abolition de la peine de mort uniquement pour les femmes ?

C’est un choix tactique. Cela fait au moins 10 ans que je lutte contre la peine de mort en Thaïlande. J’ai compris depuis longtemps que l’abolition ne pourra se faire qu’avec l’adhésion de la société civile. Or, aujourd’hui, ce soutien populaire n’existe pas. En revanche, l’abolition de la peine de mort pour les femmes semble plus accessible. Ce serait donc une première victoire qui permettrait de demander par la suite l’abolition universelle au nom de l’égalité entre les sexes.

Pourquoi l’abolition de la peine serait-elle plus facile à obtenir pour les femmes que pour les hommes en Thaïlande ?

La peine de mort est rarement appliquée à l’encontre des femmes. Depuis la création d’un Etat moderne, seul trois femmes ont été exécutées en Thaïlande. D’ailleurs, une des exécution s’est mal passée et a dû être refaite. Bref, dans les faits, la plupart des femmes condamnés à mort croupissent en prison.
En 2011, à l’occasion de l’anniversaire du roi, le 5 décembre, les condamnations à mort ont été commuées pour toutes les femmes. En 2005, dans le cadre d’un congrès des Nations unies à Bangkok consacrée à la prévention criminelle, un représentant du ministère de la Justice a affirmé que « la Thaïlande n’exécute pas les femmes ». Dans les mentalités, il est plus facile d’obtenir l’abolition de la peine de mort pour les femmes.

Qui soutient actuellement votre projet ?

L’ambassade de Grande-Bretagne a rejeté notre dossier en reconnaissant que la diplomatie britannique soutient le mouvement abolitionniste mais pas prioritairement en Thaïlande. J’ai espoir d’obtenir le soutien de l’ambassade suisse. Nous sommes pour l’instant au tout début de nos démarches.

Quelle est la situation des femmes condamnées à mort dans les prisons thaïlandaises ?

54 femmes sont actuellement condamnées à mort, contre 591 hommes. Contrairement aux hommes qui sont emprisonnés dans un secteur spécifique, les femmes condamnées à mort vivent avec les détenues de droit commun. Mais leurs conditions carcérales sont déplorables. La Thaïlande est le pays au monde qui compte le plus de femmes emprisonnées au regard du nombre d’habitants, avant même les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Il y a donc une surpopulation féminine dans les prisons thaïlandaises. 80% des détenues le sont pour trafic de drogues. Les femmes ont tendance a clamé leur innocence et à se battre jusqu’au bout pour obtenir justice. Une stratégie qui ne paie pas en Thaïlande. Le plus souvent, leur peine est rallongée. Les hommes, eux, ont plus tendance à reconnaitre leur culpabilité et s’en sortent avec des peines plus courtes.

Les femmes disposent de moins d’un mètre carré d’espace vital. La nuit, elles sont entassées dans une cellule commune et dorment à même le sol, sans même avoir la place de s’allonger sur le dos. Si elles se réveillent pour se rendre aux toilettes, elles ne retrouveront plus leur place et devront rester debout jusqu’au matin. En comparaison, les hommes disposent d’un espace quasiment deux fois plus grand (1,6 m2). S’ils vivaient dans les mêmes conditions que les femmes, ils ne le supporteraient pas. Il y aurait certainement des émeutes. Les femmes, elles, ne se plaignent pas auprès de l’administration pénitentiaire. Elles acceptent plus facilement leur sort. Elles n’ont aucune activité, ne peuvent bénéficier d’aucun programme d’éducation et ne sont absolument pas préparées à leur sortie.

Quel contact avez-vous pu établir avec la population carcérale féminine ?

Il est très difficile d’obtenir des autorisations pour accéder aux prisons des femmes et, quand on les obtient, il est très difficile d’établir un dialogue avec les détenues. Les parloirs sont très mal aménagés. D’un côté, il y a le micro, de l’autre les haut-parleurs. La détenue doit toujours bondir de gauche à droite. En plus, c’est très bruyant. Pour l’instant, seul un collectif de militantes issues de l’Université de médecine de Bangkok a pu mener une étude sur les femmes en prison. La plupart des informations dont nous disposons aujourd’hui proviennent de leur travail.

Propos recueillis par Camille Sarret
The interview in English : Thailand, a gender based abolistionist strategy