Murielle Vauthier est coordinatrice du 5e Congrès mondial contre la peine de mort. Tout en développant la dimension universelle de l’événement, elle explique que les organisateurs s’appuient aussi sur le dynamisme culturel et militant de la capitale espagnole.

Après quatre éditions de croissance des Congrès mondiaux contre la peine de mort, pouvez-vous donner en quelques chiffres l’échelle de l’évènement de Madrid ?

Comme à Genève, nous attendons 1 500 participants. Le programme est encore une fois riche avec 21 débats en deux jours, dont deux grandes séances plénières sur l’Asie et la région Afrique du Nord-Moyen Orient. Cette dernière s’inscrit dans le prolongement du Congrès régional d’octobre dernier à Rabat. Parmi la centaine de pays représentés, nous visons 200 participants de pays rétentionnistes – aussi bien des militants que des journalistes. Enfin, c’est la première fois que quatre États parrainent le Congrès : l’Espagne, la Norvège, la Suisse et la France. Ils nous soutiennent non seulement financièrement et diplomatiquement mais aussi pendant toute la préparation de cet événement international.

A côté des débats, les congressistes ont-ils l’occasion de se rencontrer et de tisser des liens informels ?

Les débats sont là pour partager l’expertise et la stratégie, on y retrouvera des grands noms – ministres, dirigeants d’organisations internationales, prix Nobel… Mais plusieurs espaces sont prévus pour des discussions et des échanges informels, autour d’un poster par exemple.

Quels événements culturels sont prévus pour attirer le public ?

L’expression artistique vient d’Espagne comme de l’étranger et la plupart des œuvres sont réalisées spécialement pour le Congrès. Nous travaillons sur un concours de dessin dans les écoles de France et d’Espagne avec Poster for Tomorrow. Parallèlement, nous développons le projet « Des mots par-delà le couloir » qui met en voix des témoignages écrits d’anciens condamnés à mort et d’autres témoins de la peine de mort. Il nous rappellera que nous ne sommes pas seulement là pour parler lobbying ou stratégie, mais que nous nous battons pour des gens.

à l’extérieur, nous nous attachons à sensibiliser l’opinion madrilène à la thématique de la peine de mort avec un cycle de films projetés avant et après le Congrès. Mais surtout, nous préparons une soirée avec le Centre de création contemporaine Matadero, un lieu artistique majeur ouvert à des publics très variés. Ce sera l’occasion pour les congressistes de découvrir Madrid et pour le public du Matadero d’être associé à un événement aux couleurs de l’abolition. Une soirée de partage et témoignages en présence de plusieurs Prix Nobel de la Paix sera le moment fort en émotion du Congrès.

On peut donc se réunir pour débattre de la peine de mort tout en adoptant une attitude festive ?

C’est surtout à l’issue de la cérémonie de clôture que les militants de l’abolition prendront possession de la rue et de la ville. La marche finale qui clôture traditionnellement les Congrès contre la peine de mort s’enrichira cette année de l’énergie que nous avons sentie tout au long des préparatifs à Madrid, une ville pleine de vitalité et d’engagement. Ce sera l’occasion d’affirmer que la communauté abolitionniste se renforce et qu’elle fait du bruit !

Propos recueillis par Thomas Hubert