La Tunisie vient de célébrer l’anniversaire de sa Révolution. Le 14 janvier, une date importante ici à Kasserine où nous nous trouvons aujourd’hui. Et quel symbole pour les Tunisiens, trois ans après le renversement de la dictature, de voir les jeunes s’interroger sur leurs droits en tant que citoyens.

C’est dans cet élan qu’une équipe de sept personnes représentant l’Institut arabe des droits de l’homme (Maya Ben Khaled et Mousbah Gharsolloh , Amnesty International Tunisie (Habib Marsit), la Coalition marocaine contre la peine de mort (Mustapha Mezroui et Ahmed Haou) et Ensemble contre la peine de mort (Nicolas Braye et Marianne Rossi), sillonnent le pays cette semaine en van pour aller dans les collèges et lycées, rencontrer les élèves des clubs des droits de l’homme pilotés par l’Institut arabe.

De Tataouine à Sfax en passant par Tozeur et Kasserine, nos sept intervenants n’ont pu être qu’impressionnés par les actions culturelles et artistiques (fresques, dessins, émissions de radio, pièces de théâtre,…) menées par les élèves pour promouvoir un monde plus respectueux des droits de l’homme.

Tout au long des interventions, nos militants voyageurs n’ont eu de cesse d’expliquer aux élèves le contexte international, régional et tunisien de la peine de mort et d’interroger les élèves sur les arguments justifiant son abolition. C’est par des approches très diversifiées que les intervenants ont éveillé l’intérêt des élèves tunisiens sur cette question délicate et les ont parfois poussés à remettre en cause leurs opinions.

Maya Ben Khaled a d’abord expliqué aux élèves l’intérêt de se mobiliser pour les droits de l’homme et en particulier pour le droit à la vie reconnu par le droit tunisien. Puis, en s’appuyant sur la carte de la situation internationale de la peine de mort et en ponctuant son discours d’anecdotes sur la Chine ou les États-Unis, Nicolas Braye a permis aux élèves d’acquérir des connaissances générales sur les problématiques variées posées par l’application de ce châtiment dans les 57 pays qui continuent de l’appliquer. Habib Marsit, qui fut incarcéré en tant que prisonnier politique aux côtés de condamnés à mort tunisiens en 1973 a, quant à lui, eu la tâche d’expliquer aux élèves le contexte du pays qui applique un moratoire de fait depuis 1991 et a émis un vote favorable pour la Résolution des Nations unies instituant un moratoire sur les exécutions et qui vient pourtant de rejeter l’abolition de la peine capitale dans sa nouvelle Constitution.
Ahmed Haou, et c’est sans doute ce qui aura le plus marqué les élèves, a ensuite raconté comment il a été condamné à mort au Maroc pour avoir écrit des slogans pour dénoncer la difficulté de la vie sous Hassan II et dans quelles conditions il a survécu 10 ans dans le couloir de la mort de la prison de Kénitra avant d’être gracié puis libéré cinq ans plus tard.

Enfin, Mustapha Mezroui a permis aux élèves de faire preuve d’empathie grâce à un jeu de rôle où les élèves doivent se mettre à la place du condamné, de sa famille, du bourreau ou de la famille de la victime avant de tester les connaissances des élèves grâce à un quizz sur le thème de « Qui veut gagner des millions ? ».

Les élèves n’ont certes pas gagné des millions mais c’est sans doute avec des connaissances solides et un avis plus argumenté qu’ils ont vu partir la caravane de l’éducation.

Gageons que cette caravane aura semé les germes d’actions militantes futures pour protéger le droit à la vie et œuvrer pour l’abolition totale et définitive de la peine de mort.

Marianne Rossi